Station balnéaire du 19ième siècle

La manne du tourisme
Source: Bibliothèque et archives Canada.1. Au début de cette histoire de Kakouna, nous avons trouvé une "apparente terre de caï" que nos ancêtres ont progressivement colonisées, en tirant de chaque coin de terre tout ce qu'il pouvait produire.
Pendant la même, nos pêcheurs ont "seiné" le fleuve pour lui arracher toutes les sortes de poissons qui peuplaient ses eaux.
De leur coté, les chasseurs poursuivaient dans la forêt encore proche les animaux sauvages; parfois pour leur chair et toujours pour leur fourrure.
Si avec ces trois resources on pouvait s'alimenter largement, faire des échanges, on ne trouvait cependant pas de débouchers pour vendre l'excédent des produits, les marchés étant à la fois rares et éloignés, et les moyens de conservation encore primitifs.
L'argent sonnant était donc rare et il y avait tant de choses à acheter et à payer en monnaie ! C'est alors que le tourisme fit son apparition, un peu comme manne pour les Israélites, comportant à la fois des avantages et des risques. Cacouna n'est pas devenu un centre touristique, ni en un jour, ni facilement.
La réalité a été tout autre. "Cacouna n'est ni Nice, ni Cannes, pas même Boulouris. Mais comme les lieux enchanteurs de la côte d'Azur, on pourrait dire que cette station balnéaire du Bas du Fleuve est un coin du Paradis terrestre.
Premier site de villégiature du Saint-Laurent et peut-être de tout le Québec, de riches familles y venaient autrefois d'Angleterre pour la saison estivale. Ces gens riches, qui devaient y accoster les premiers, avant toute route, campèrent leurs villas superbes. Cacouna a un passé de grandeur touristique et conserve jalousement son prestige.
Des services rénumérés
La villa flambant neuve, il fallait la protéger et l'entretenir. Aussi, le propriétaire ou son épouse ou les deux traversaient chez le fermier d'en face.
Quand on parlait la même langue, les choses allaient bien, mais quand l'un ne parlait que le français et l'autre que anglais, il fallait inventer un "franglais" que ne régissaient aucune grammaire ni aucun dictionnaire. Les interprètes se faisaient rares de part et d'autre, à force de marmottages, de gestes et de tapes sur les épaules, on finissait par signer de vrais contrats.
L'été passait sans qu'on ait le temps de se voir: chaque jour on devait aller porter du lait, de la crème, du beurre, des oeufs, des légumes... pomper de l'eau... rentrer le bois... tondre le gazon et combien d'autres services que les jeunes pouvaient rendre avec la joie de gagner un salaire.
Une mise en garde
La venue des touristes ne profitait pas seulement à Cacouna, mais les villages des alentours en profitaient également : positions d'été, vente de légumes, de "fruitages", d'objets d'artisanat...
Les marchands du village, ceux de Rivière-du-Loup, les fournisseurs dans tous les secteurs en profitaient eux aussi.
C'est à eux tous que J.-M Le Moine pensait quand il écrivait : "Il n'y a pas", dit M. Tassé, Source: Bibliothèque nationale du Québec"que l'étranger qui aille animer de sa présence ces localités enchanteresses, qui ont pour noms Cacouna, la Rivière-du-Loup, la Malbaie et bien d'autres. De toutes les parties du pays, les hypocondriaques et les dyspeptiques y accourent et ceux dont la santé est plus sourissante, croient devoir également aller respirer l'air bonifiant du Saint-Laurent et du Saguenay. Cacouna est aussi recherché que Plombière et Vichy en France, et nous ne serions pas surpris que les demoiselles à marier, imitant l'example donné autrefois, à l'occasion des eaux fameuses de Pyrmont, fassent mettre dans leur contrat de mariage qu'elles pourraient tous les ans aller passer une saison à Cacouna."
Messieurs les capitalistes, les rentiers de Québec et de Montréal, se sont donné la main, pour transformer un bourg, jadis solitaire, en un lieux des plus fashionable, les plus riches du Canada. Grâce à MM. Molson, Hamilton, Thompson, Young, Cook, John Ross, Wm. Poston, Henderson et Ferrie et mille autres, de jolis cottages, des chalets suisses ou des demeures princières ont surgi de terre comme par enchantement : le tout parce que les bains de mer de Cacouna sont salutaires, que la vie y est peu dispendieuse, que les Vapeurs et le Grand -Tronc en rendent l'abord facile.
Bons habitants, voulez-vous m'en croire : "ne tuez pas la poule qui vous pond les oeufs d'or". On se plaint que nombre de vos charretiers sont sans merci dans leur tarif de prix, grossiers, même aux dames : ne pourriez-vous pas chaque été, vers la Saint-Pierre en faire pendre un couple pour améliorer les moeurs des survivants : Badinage à part : si vous voulez conserver votre précieuse poule en santé et bonne pondeuse, ne la déplumez pas de trop près. Veillez à ce qu'on lui laisse au moins les grosses plumes; autrement elle s'envolera dans l'Intercolonial, à Matane, à Gaspé même ou par les steamers, à Tadoussac, à la Malbaie. N'en voulez pas à un vrai ami, qui a le courage de vous dire la vérité : il faut tant de courage, ces années-ci, pour la dire. Je conçois, que Cacouna ait des charmes irrésistibles pour la jeunesse dorée de nos villes; verdoyant Elysée des jouvenceaux imberbes en vacance, fiers de posséder, chevaux, chiens, équipages.
Il n'y a qu'un inconvénient, pour les donzelles, en quête de santé ou de maris, c'est que le bal prolongé du soir enlève à la joue les roses que le bain matinal y avait semées.
On trouve aux environs de Cacouna, un lac fort poissonneux ; les truites y sont d'une rare voracité."

Le tourisme fleurit
2. Vers 1851, le tourisme fleurit.  On commence à organiser des croisières vers Cacouna grâce à de nombreux éloges faites sur les charmes du bas St Laurent et lesbienfaits de l'air salin. 
Source: Bibliothèque nationale du QuébecOn y vient par train ou en bateau vapeur ainsi, le tourisme estival et les villas superbes de riches familles anglaises se multiplient en ce village, du coté nord du chemin du roi et la falaise.  La population estivale double et de grands hôtels sont bâtis. 
Le St Lawrence Hall construit en 1863, avec ses 600 chambres, sa salle à dîner pouvant accueillir jusqu'à 800 personnes, sa salle de quille et les galas de soir était recherchée par ces vacanciers aisés.  Mais avec un prix de 2.50 $ par jour, chambre et pension, c'était vraiment du luxe. 
Des écuries et une piste de course pour chevaux étaient situés de l'autre coté de la rue.

3. Arrivée massive de touristes à Cacouna
23 Juin 1887
Cacouna, aujourd'hui donne l'impression d'être envahie de toutes parts: trains, Source: Bibliothèque nationale du Québecbateaux et rues fourmillent d'étrangers qui viennent s'installer pour passer la totalité ou une partie seulement de la belle saison en nos lieux.
Les charretiers de la place se font une joie d'aller quérir passagers et bagages; pour ce qui est des vaches et chevaux, transportée à bord des bateaux de la Compagnie Richelieu, ils accostent à bon port à Rivière du Loup. 
Des charretiers se chargent de les prendre au quai et de les rendre aux écuries de leurs propriétaires.
Les touristes, de passage seulement, ont pris pension aux hôtels Mansion House, Dufferin House, Cacouna House et St-Lawrence Hall, reconnus pour leur bons services.
Notons que nos habitants de la place ont abandonné leurs grande maison afin de la louer aux touristes. Finalement, les villas d'été ont ouvert leurs portes aux "Sir, Lady and Family" de la haute classe.
Les marchants et la population en général souhaitent aux estivants la meilleur des bienvenues et une saison des plus ensoleillées.

Émile Nelligan
Le célèbre poète Émile Nelligan fut un de ces personnages qui se rendait à Cacouna passer ses étés vers la fin du 19e siècle. 
Nelligan séjourna un été à Cacouna dans une villa qui se nomme Firwood Cottage ou "peek a boo" comme le jeux de cache-cache parce que cette villa était une des 3 villas dissimulé sous les arbres près du fleuve.
Certains de ses poèmes ont certainement été inspirés par ses souvenirs et le charme de Cacouna pendant ces étés enchanteurs.

 

3. Et combien ça coûtait en 1894?   

De plus en plus les mots "Inflation", "Montée des prix", "Coups de la vie" font les manchettes.  Si vous étiez en 1894, voilà ce qu'il en coûterait pour ces articles..
1
Manteau de fourrure
$ 3.23
 
1
Fiole de parfum
$ 0.20
2 lbs
Cassonade
$ 0.08
1
Meule de fromage
$ 0.25
1
Gallon de sirop
$ 0.55
1
Pelle de bois
$ 0.10
Paire de souliers
$ 0.03
1 lbs
D'oignons
$ 0.05
1
Paire de bottines
$ 0.60
1
Robe
$ 1.96
1
Blague de tabac canadien
$ 0.10
100 lbs
Farine
$ 2.00
3 lbs
biscuits
$ 0.30
Paire de lunettes
$ 0.15
1
Chapeau de paille
$ 0.25
1
Paire de lacets
$ 0.03
5 lbs
Riz
$ 0.20
1 lbs
Beurre
$ 0.20
1 dz
Bière
$ 1.20
1
Bonnet de laine
$ 0.55
12 dz
Hareng fumé
$ 0.40
1
Pipe en bois
$ 0.45

4. GÂTEAU CACOUNA CAKE

Avez vous déjà goûté au gâteau "Cacouna" (Cacouna cake)? Trouvez ci-dessous la traduction de cette recette publiée en 1900 dans le livre de recettes de Miss K. H. Marsh.  A vous d'en faire l'essaie...
MISS K.H. MARSH- My pet recipes
RECETTE DU GÂTEAU `CACOUNA CAKE`
Le livre de recettes en entier (Anglais).
GÂTEAU CACOUNA
(CACOUNA CAKE Traduction française)
3 tasses de sucre
2 tasses de beurre
7 œufs
1 livre de raisins
1 verre de vin
1 noix de muscade
1 tasse de lait tourné (caillé)
1 cuillère à thé de bicarbonate de soude
5 tasses de farine
Battre le beurre jusqu'à la consistance de crème, après ajoutez le sucre et les œufs (bien battus), le fruit, l’épice et le vin, après la farine et en dernier le bicarbonate de soude dissous dans une tasse de lait tourné (caillé).
2.   ON DEMANDE:  un commis d'expérience et possédant très bien l'anglais, pour la saison d'été (3mois). Pour plus ample information, s'adresser à : J.M. Sirois, Marchand général,
Cacouna "Bulletin Politique" 09 Juin 1899
Source:
1. "Au Pays du Porc -Épic", Réa1 Lebel S.J, extraits du ch 22
2. et 3. Essaies sur l’histoire civile et sociale de Cacouna par Lynda Dionne, Georges Pelletier et autres 1975
4. Notre mémoire en ligne